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Interstellar (2014) de Christopher Nolan

100% américain

Regarder Interstellar pour la première fois en 2020 revient à se frotter à une oeuvre prématurément culte, croulant sous les éloges d’une partie de la critique et du public. Pourtant, les vingt premières minutes du film permettent à elles seules de comprendre que cette réputation est usurpée. Christopher Nolan nous présente Cooper, tête brûlée passionnée de baseball et pilote nostalgique obsédé par l’idée de retourner dans l’espace. Heureusement pour lui, un événement surnaturel le mènera à une base secrète de la NASA, point de départ de ses aventures spatiales à la recherche d’une nouvelle planète. Notre cliché sur pattes entretient une relation idéale avec Murphy, sa fille chérie qu’il défend à bras le corps face à un système scolaire propagandiste, et son fils Tom, dont la relation est tellement survolée qu’un check viril suivi d’un sobre “Je t’aime” fera office d’adieu. De toute évidence, le film ne brille pas par l’originalité de ses personnages principaux, qui ne subiront pas de développement très intéressant dans la suite du film. Il faudra attendre l’apparition de Matt Damon pour enfin voir une figure aussi profonde que tragique, puisqu’il incarne un astronaute décidant d’abandonner sa mission après des années de solitude. 

Toutefois, il convient de rappeler qu’Interstellar n’est pas un film intimiste, mais bien une aventure épique en terre inconnue. Hans Zimmer ne cesse de nous le rappeler à travers une bande-son trop envahissante cherchant la grandiloquence à tout prix, venant faire vibrer le siège du spectateur pour le forcer à être impliqué. Pourtant, le film n’est jamais spectaculaire. A part quand il s’agit de trembler à l’intérieur d’un vaisseau, la caméra de Nolan est assez timide et ne parvient jamais à offrir de plan nous faisant ressentir la gravité de la situation. De plus, le film est handicapé par la présence de deux comic-relief robotiques un peu trop envahissants, ainsi que de répliques clichées telle que “C’est impossible ! – Non, c’est nécessaire”. Interstellar peine à s’affranchir des grosses ficelles traditionnelles du blockbuster américain, lui donnant un aspect “basique” à mille lieux de ce que l’on pourrait attendre d’un chef-d’oeuvre.

Malgré tout, il faut reconnaître au film une certaine efficacité quand il s’agit de jouer sur deux peurs existentielles : celle de survivre à ses proches, et celle de voir l’humanité s’éteindre. La première est assez réussie grâce à la notion de relativité du temps, qui inverse l’ordre des choses et montre Murphy mourir de vieillesse avant Cooper, scène qui aurait pu être bien plus touchante si leur relation avait été plus fouillée. Quant à la peur liée à l’extinction, elle est balayée par une fin heureuse où la vie à bord de la station est montrée sous un angle positif d’une naïveté sidérante. Aucune notion de sacrifice, de lutte des classes ou même d’une quelconque inégalité n’est abordée. Au contraire, cette vie semble spacieuse et même plutôt amusante. Dans un cynisme américain complètement décomplexé, c’est même l’amour qui sert même de deus ex machina à cette histoire. Pour un film qui semble aborder frontalement la question de la fin du monde, cette conclusion utopiste frôle l’incohérence. 

Derrière son alarmisme de façade, le film semble anesthésier son spectateur. Quand on repense à la conclusion de The Dark Knight, le constat est d’autant plus amer. Là où Nolan faisait la promotion du mensonge au service du bien, le cynisme du réalisateur semble avoir laissé place à une certaine démagogie, malgré la démesure des enjeux. Malheureusement, le spectaculaire semble l’avoir emporté sur la raison. Interstellar ne parvient donc jamais à toucher juste, aussi bien sur son fond que sur sa forme.

Interstellar est ressorti dans les UGC à l’occasion du premier dé-confinement, pour faire la promotion du prochain film de Christopher Nolan, Tenet.

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