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Festival de Gérardmer 2021

Possessor (2021) de Brandon Cronenberg

Tasya Vos est agente au sein d’une organisation secrète utilisant une technologie neurologique qui permet d’habiter le corps de n’importe quelle personne et la pousser à commettre des assassinats aux profits de clients très riches. Mais tout se complique pour Tasya lorsqu’elle se retrouve coincée dans le corps d’un suspect involontaire dont l’appétit pour le meurtre et la violence dépasse le sien de très loin. 

Affaiblir le père

En 2013 sortait Antiviral, le premier film de Cronenberg fils, qui portait en lui toute la radicalité et la lourdeur propre à un jeune auteur. Le personnage froid était créé de toute pièce pour arracher des réactions au public, la dystopie appuyée par une photographie clinique, et le propos de fond se comprenait à la simple évocation du concept. Huit ans plus tard, le réalisateur revient avec Possessor, l’occasion d’affiner son style et peut-être de s’émanciper de son patronyme. 

Malheureusement, il faudra plutôt chercher du côté de Mosquito state pour trouver les traces d’un héritage convaincant de Cronenberg père à Gérardmer. A mille lieux du postulat délirant d’Antiviral, cette histoire d’organisation secrète prenant possession des corps est plutôt classique. Les passages les plus intéressants du film sont sans doute les visions quasi-subliminales lorsque la fusion des corps se trouble, avec ces images mentales psychédéliques que l’on aperçoit à peine et dont on ne se lasse jamais. Le symbolisme autour du masque de chair est assez réussi et aurait mérité plus d’une scène. Outre ces quelques extravagances formelles, la réalisation est plutôt simple et nous fait entrapercevoir un monde vaguement futuriste sans nous donner assez de matière à imaginer. Le montage son essaye tant bien que mal de donner du cachet à la mise en scène, mais les effets sonores se font vite trop envahissants. Heureusement, certaines séquences subliminales tirent leur force de leur silence, créant un décalage car le son n’appuie pas l’image.

Quant à lui, le scénario est très faible et manque cruellement d’originalité. La possession est traitée exactement comme l’on pouvait s’y attendre avec une scène inintéressante de préparation où la protagoniste observe le comportement de sa future couverture, ou encore le fameux coup de l’entourage qui se rend compte d’un changement de comportement chez leur proche. Pire que tout, Possessor ne permet jamais d’élargir le sujet : aucun questionnement sur l’identité ou l’enveloppe charnelle ne vient pointer le bout de son nez, rappelant à l’occasion que l’une des grandes qualités de Cronenberg père était de mêler la série-B crade et la philosophie.

Au milieu de ce tout assez convenu, la violence graphique et les éclaboussures de sang semblent presque immatures, comme si elles étaient une tentative de radicalité dans un film formaté. Là où on pouvait espérer un climax jouissif à base de visions stroboscopiques délirantes, la conclusion est terriblement convenue tant dans ses enjeux que dans sa mise en scène. C’est d’autant plus dommage que Possessor laisse entrevoir quelques concepts au potentiel infini, comme une scène de sexe viscérale ou une quadruple mise en abîme : la protagoniste possède un personnage qui porte un casque de réalité virtuelle le transportant dans un bureau en 3D, sur lequel il y a ordinateur qui lui permet d’espionner des webcams. Cette superbe idée se limite à quelques plans au profit d’un épisode de Black Mirror à mille lieux de son potentiel réel et du sympathique Antiviral, qui laissait présager une suite plus engageante.

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