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The French Dispatch (2021) de Wes Anderson

The French Dispatch met en scène un recueil d’histoires tirées du dernier numéro d’un magazine américain publié dans une ville française fictive du 20e siècle.

Un labyrinthe de délicatesse

« J’ai l’impression, disait Jean Renoir, que, volontairement quelques fois, involontairement souvent, je suis la même ligne depuis que j’ai commencé à faire des films ; au fond, je continue à tourner un film depuis que j’ai commencé, et c’est le même. » (Cahiers du cinéma n° 15)

Dans son dernier long-métrage The French Dispatch, le cinéaste américain poursuit la voie tracée depuis le début de sa carrière. C’est un Wes Anderson « dans les règles de l’art », où le spectateur aguerri retrouve vite ses repères : un incompréhensible imbroglio, une esthétique maniérée et un antinaturalisme mystérieusement sage et débridé. Il serait possible de voir dans The French Dispatch un nouvel éventail de nuances au sein d’une œuvre qui ne serait que la déclinaison subtile et infinie d’une seule et même ligne. On pourrait à l’inverse accuser une certaine désinvolture s’enlisant dans une ritournelle au vague goût de lassitude : cette répétition obsessionnelle dont les accents frôlent la caricature ne verserait-elle pas dans la redondance et l’ennui ? 

L’intrigue se construit comme un délicat labyrinthe aux articulations irrégulières. Dans le comité de rédaction d’un magazine américain basé dans une petite bourgade de la France profonde, le spectateur découvre les diverses chroniques du journal. Le film prend la forme d’une sorte de collage artiste d’anecdotes et de faits divers. Wes Anderson joue ainsi avec les codes du mauvais film à sketches portraiturant les clichés attendus avec tout le décalage provoqué par le ton coquet et la malice qui lui sont propres.

Fascinés par cette facture trop léchée qui vacille entre une morosité complaisante et une poésie incontestable, on note toutefois quelque temps morts. Au bout des deux tiers du film, la recette pourrait se faire traînante, grossière, morne. Intervient alors un judicieux passage en animation où se dit toute l’inspiration que l’auteur puise dans la bande dessinée dans la veine de la ligne claire d’Hergé à Edgar P Jacobs ; c’est un clin d’œil discret à ce qui a pu fonder l’une des principales influences dans la conception du cadrage, du jeu sur les personnages stéréotypés, ou des décors lisses en carton-pâte semblables à des cartes postales désuètes. Néanmoins, au-delà de sa piètre dimension distractive, cet intermède pourra également être dénoncé pour sa facture un peu mécanique, décevante en comparaison du trait vibrant et sensible des magnifiques affiches du film.

Si le ton général vaguement empreint de condescendance de l’intellectuel américain venu en France pêcher quelques clichés littéraires pittoresques agacera les plus acrimonieux, il faut néanmoins saluer l’aérienne drôlerie romanesque qui, comme un bouquet de fleurs fraîches, nous offre quelque joie franche. The French Dispatch est un film plaisant dont l’afféterie, la grâce, la joliesse paraît étrangement toujours plus ingénue. Cette douceur facétieuse s’appuie encore sur un choix d’acteurs tout aussi extraordinaire (Tilda Swinton, Mathieu Amalric, Léa Seydoux, Timothée Chalamet…) : le caractère de chaque personnage semble épouser celui des comédiens.

Enfin, c’est à un alliage d’espièglerie et d’élégance que l’œuvre aspire. Le plus touchant est l’acharnement dans ce désir, qui relève d’une bizarrerie méticuleuse tout à fait charmante.

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