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Les Olympiades (2021) de Jacques Audiard

Emilie rencontre Camille qui est attiré par Nora qui elle-même croise le chemin de Amber. Trois filles et un garçon. Ils s’aiment parfois d’amour, parfois d’amitié, souvent les deux.

Saint-Germain-des-Olympiades

Ils sont jeunes, beaux, vaguement libertins : dans un 13ème arrondissement parisien filmé en noir et blanc, quatre personnages se cherchent dans leurs vies professionnelles et sentimentales. Avec ce neuvième long-métrage, Jacques Audiard tombe clairement dans l’esthétisme excessif : outre le noir et blanc évidemment compensé par un seul plan, la bande-son alterne entre du classique et l’electro de Rone, et le film se permet quelques fulgurances maniéristes allant du ralenti à l’écran scindé.

En ce sens, l’habillage du film est parfaitement cohérent avec ses personnages perdus mais magnifiques, branchés en toute circonstance malgré leurs problèmes d’argent, avec un sens de la répartie à toute épreuve. De la photographie au montage, tout le film obéit à ce diktat de la coolitude constante, tentant de faire oublier l’inconsistance de son décor ; si le 13ème arrondissement semble inspirer Jacques Audiard en interview, sa caméra n’en capte rien, et encore moins l’aspect populaire du quartier que le réalisateur chérit tant. Si Les Olympiades peut être vu comme un film générationnel, son formalisme criard et sa résistance au réel le rendent profondément superficiel. Ce décalage est accentué par une représentation totalement faussée d’Internet, rappelant les quarante années qui séparent le cinéaste de ses acteurs.

De plus, le scénario maladroit du film aggrave son aspect poseur : certaines relations (Nora et Amber) sont trop théoriques tandis que d’autres personnages (Camille) ont des conflits trop intérieurs, empêchant Les Olympiades de décoller véritablement. Peut-être faut-il y voir la patte de Céline Sciamma, co-scénariste du film, dont le récent Petite Maman possédait des défauts similaires, effleurant de nombreuses thématiques sans jamais les aborder frontalement et laissant trop implicite l’évolution de ses personnages. D’autres sous-intrigues donnent l’impression d’être en pilote automatique tant elles sont résolues d’avance, comme la relation entre Camille et sa sœur aboutissant à une réconciliation forcée, ou encore celle entre Emilie et sa grand-mère, qui ne semble être présente que pour ajouter le deuil aux tourments d’une jeune adulte.

Néanmoins, il convient de rappeler que Jacques Audiard est un cinéaste confirmé capable de saisir ce qui se joue dans les rapports humains ; les scènes de nudité ou de rapports sexuels sont toutes extrêmement réussies, exprimant tour-à-tour la passion, la fascination ou la gêne. Il faut également saluer la performance de tous ces acteurs, Lucie Zhang en tête, dont le naturel du jeu et l’humour nous font parfois oublier la lourdeur formelle qui les entoure. Les Olympiades est donc un film adolescent dans un corps d’adulte, qui compense ses nombreuses maladresses esthétiques par un traitement convaincant de la sexualité et la fraîcheur de ses acteurs ; divertissant, mais loin d’être transcendant.

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