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Sorties cinéma

Copyright Van Gogh (2021) de Yu Haibo et Yu Tianqi Kiki

En Chine, dans le village de Dafen, des centaines de paysans reconvertis en peintres produisent des répliques de peintures occidentales mondialement connues.

Naissance d’un artiste

Dans un petit atelier, Zhao et ses employés passent leurs journées à peindre des copies de Van Gogh : le client, un mystérieux marchand d’art hollandais, en exige des milliers. La famille est réquisitionnée, les employés dorment par terre, le travail est artisanal mais abrutissant, mal payé, et les toiles seront vendues dans une boutique de souvenirs avec une marge indécente. Tous les ingrédients sont réunis pour concocter un tract politique puissant, mais les réalisateurs ont préféré se focaliser sur le patron, tout aussi exploité, qui se distingue par son intérêt profond pour celui qu’il copie. 

Le fantôme de Van Gogh hante chaque séquence, quitte à en faire un peu trop : les réalisateurs abusent parfois des scènes de discussions sur l’artiste, qui manquent de naturel et de profondeur. Néanmoins, le film vaut le coup d’œil pour ses magnifiques moments de vérité : un fils tentant désespérément d’attirer l’attention de ses parents, ou le visage larmoyant d’une jeune femme perdue dans ses études. Le voyage aux Pays-Bas est l’occasion de communiquer toute l’excitation d’un voyage entre amis, avec la bande alcoolisée qui déambule joyeusement dans la rue, avant de rentrer à l’hôtel pour vomir. En plus d’être universelles, ces scènes sont filmées avec une grande simplicité et sans longueur excessive, ce qui les rend profondément touchantes. Le retour au bercail pourrait avoir un arrière-goût amer, mais le voyage les a enchanté et le désir créatif de Zhao se révèle peu à peu. 

Copyright Van Gogh n’est pas parfait : sa technique souffre parfois des écueils typiques du documentaire (l’objectif sale, les ralentis saccadés, le point à l’arrière-plan ou les stabilisations ratées), et l’on se demande dans quelle mesure les réalisateurs ont influencé Zhao pour la conclusion tant elle semble fictionnalisée. Avec son développement trop beau pour être vrai et ses musiques incessantes, le film est profondément académique. Néanmoins, cet académisme rend le documentaire accessible à tous, ne bâillonne jamais le réel, et permet de raconter une énième histoire sur la naissance de l’acte de création à travers une approche dépaysante, humaine et touchante.

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