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Cinéma du réel 2022

Afterwater (2022) de Dane Komljen

Un homme et une femme quittent la ville pour s’installer au bord d’un lac. Nageant dans l’eau froide, le monde extérieur leur semble très loin. Un étranger apparaît et un trio se forme alors. Mais il existe d’autres trios, d’autres lacs, d’autres temporalités.

No water last night

Afterwater se présente d’abord comme une exploration du spleen d’un jeune couple, Jonasz et Signe. Les deux amants plantent leur tente sans dire un mot. Quand ils s’enlacent, ils restent immobiles ; lorsque la jeune femme danse, elle est seule et la musique ne pénètre pas la diégèse. Par petites touches, quelques détails laissent entrevoir une certaine tendresse, comme un léger souffle de nez en hors champ. Les sons produits par l’eau ou le vent attisent nos sens et les silences sont reposants ; la démarche, éminemment sensorielle, est tout à fait charmante.

Malheureusement, au fur et à mesure que le film enchaîne les personnages, il s’empêtre dans la répétition et le factice. Le documentaire est traversé par un poème méditatif qui nous est transmis de deux façons : il est d’abord lu par deux personnages que l’on entend dans les enceintes gauche et droite de la salle, puis la voix disparaît et le texte apparaît en sous-titres. Ces deux procédés sont malheureusement assez malvenus car ils sont doublement poseurs : le poème est déjà un artifice en soi, et lui apposer un effet supplémentaire rend le dispositif trop frontal. De plus, les sous-titres sont toujours accompagnés du même bruitage, rendant leur apparition très redondante. Il en va de même pour les personnages qui sont trop souvent montrés en train de faire la planche dans un lac, ou bien une sorte de tai-chi dans la forêt. Ces scènes montrent le même rapport de plénitude avec la nature, sont filmées de façon assez similaire, et par conséquent, elles s’annulent toutes entre elles. 

Le statut contraignant de documentaire semble encombrer Afterwater : pourquoi adopter une narration aussi décousue lorsque le réel se fait aussi peu sentir ? Le film n’aurait-il pas gagné à passer par la fiction en présentant une intrigue amoureuse simple avec une approche contemplative, comme une sorte de Twentynine palms au bord d’un lac ? Il en va de même pour les expérimentations visuelles menées par le réalisateur : le récit est construit autour de trois temporalités filmées avec des caméras différentes, mais le documentaire est si cryptique que cette recherche passe à la trappe car ce n’est qu’un dispositif parmi tant d’autres. Afterwater ne manque pas de bonne volonté et affiche indéniablement une personnalité qui lui est propre, mais aurait gagné à être plus sobre ou moins cryptique pour davantage toucher le spectateur.

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