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Cinéma du réel 2022

Dry Ground Burning (2022) de Joana Pimenta et Adirley Queirós Andrade

« Je me suis souvenue de cette période… Quand j’étais embarquée dans des histoires pas possibles avec ma sœur Chitara. C’était en 2019. Je venais de purger une peine de prison pour trafic de drogue. Ma sœur m’a demandé de participer à ce plan complètement dingue. Elle a déniché une carte des oléoducs souterrains, et ensuite, elle a acheté un terrain à Sol Nascente. »

La tête haute

Les premières minutes de Dry Ground Burning questionnent plus qu’elles ne dévoilent. Deux femmes nous sont introduites tandis que l’on s’interroge sur le dispositif du film : l’authenticité des personnages et la façon de filmer nous orientent vers le documentaire, mais le cadre précis et la photographie somptueuse de certaines séquences sèment le doute, à l’image de ces motards qui tournent autour de Chitara en pleine nuit. Un coup de feu assassin vient finalement sceller la part fictionnelle du récit, tout en laissant la porte ouverte au réel.

Le film commence véritablement lorsque les deux sœurs se retrouvent. Léa, tout juste sortie de prison, fait la liste de ses conquêtes sexuelles à Chitara et ses collègues. Bien qu’elle évoque des souvenirs joyeux, elle mentionne tout de même les conditions déplorables des détenus avec une certaine pudeur. Les retrouvailles sont heureuses, les jeunes femmes discutent, rigolent et dansent tout en développant leur trafic. Le titre du film, Dry Ground Burning, est issu d’une chanson faisant l’éloge de la passion ardente, mais le pays s’enflamme par ailleurs. Les drones et les gendarmes envahissent les favelas. L’ombre de Bolsonaro prend de l’ampleur : l’inéligibilité de Lula rend sa victoire possible, sa propagande est massive et ses militants convaincus. En face, Chitara tente de faire monter son micro-parti pour défendre les classes populaires et les prisonniers, mais ces idées ne semblent trouver un écho qu’à l’échelle locale.

Les réalisateurs gèrent avec brio l’équilibre entre le vrai et le faux : le documentaire évoque avec sincérité une situation qui touche de vraies personnes, tandis que la fiction vient combler la frustration du réel tout en immergeant le spectateur dans un déluge d’émotions. L’interlude parodique montrant des policiers à bord de leur fier véhicule patriotique prend ici tout son sens. Pour autant, le film n’est pas outrancier dans son spectacle : lors d’une courte scène de fusillade dont on ignore la véracité, la caméra reste sagement du côté des deux sœurs et aucune musique ne les accompagne. 

La dernière partie du récit franchit un cap. L’arrestation de Léa, que rien ne laissait présupposer, sonne comme un coup de tonnerre. Un climax impressionnant laisse exploser la rage contenue dans les favelas, le réel et le factice se confondent pour mettre en scène l’attaque d’une patrouille puis le démantèlement de leur camion. Cet acte exutoire est suivi d’un long épilogue retranscrivant les sentiments moroses qui envahissent les personnages. « C’était pas cool d’être en taule, mais c’était cool d’être en taule la tête haute » prononce Léa. Dry Ground Burning est un concentré de dignité, de rage et de détresse qui s’empare du spectateur en attendant d’embraser le pays.

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