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Cinéma du réel 2022

Huahua’s Dazzling World and its Myriad Temptations (2022) de Daphne Xu

Huahua, une femme excentrique et pleine d’énergie originaire de la nouvelle zone urbaine de Xiong’an, se filme en direct sur Internet en train de danser, chanter et discuter avec ses fans. C’est ainsi qu’elle gagne sa vie. Les écrans des téléphones, les filtres de beauté et les paysages sonores numériques révèlent un monde que Huahua crée avec sa propre image.

Derrière l’image

Contrairement à ce que laisse supposer son personnage joyeux envoyant au diable les conventions sociales, Huhua’s Dazzling World and its Myriad Temptations n’est pas un feel-good movie. Loin de contempler béatement cette personnalité atypique, Daphne Xu pose sur elle un regard tendre mais distancié. Les premières scènes du film ne sont que tâches ménagères et vie de famille chaotique ; en comparaison, les pastilles musicales conçues pour WeChat paraissent bien idéalisées. Pour faire ressentir ce décalage, la réalisatrice opte pour de longs plans en temps réel avant de montrer ce que Huahua poste sur son réseau social. Ainsi, trois minutes d’ennui se transforment en sept secondes amusantes. 

Le procédé est certes assez dialectique, mais quelques audaces formelles permettent de varier les plaisirs. Daphne Xu exploite notamment la laideur de l’image numérique : Huahua et une vieille femme se filment en utilisant un filtre qui lisse la peau, mais les rides sont difficilement camouflées et l’un des visage se mortifie. Il en émane une poésie morbide accentuée par la durée du plan. Dans sa dernière partie, le film brouille la frontière entre le réel et le fictif. Huahua dit avoir divorcé et cherche activement un nouveau mari. Bien que la situation semble crédible, on peine à détecter ce qui relève de son sens de l’humour et ce qui est réellement arrivé. Le film ne répondra jamais à cette question, mettant le spectateur au même niveau qu’un utilisateur de WeChat. 

Évidemment, le personnage est si extravagant et grande-gueule qu’il peut vite lasser. Néanmoins, le film ne tombe pas dans le travers de le rendre pathétique : même quand elles sont mises en relation avec un quotidien plus morne, les scènes de danse en public sont toujours sans moquerie, on rit avec Huahua qui accepte volontiers de se donner en spectacle. Jamais la réalisatrice ou le spectateur ne la méprise, et si le film peine à élargir son discours assez éculé sur les réseaux sociaux, on est séduit par ce mélange de tendresse et de bienveillance vis-à-vis d’un personnage touchant.

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