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Sorties cinéma

Animals (2022) de Nabil Ben Yadir

Brahim est un jeune homme d’origine maghrébine. En sortant d’un bar, il se fait embarquer dans une voiture par quatre hommes qui découvrent son homosexualité. Le reste de la nuit va s’avérer cauchemardesque.

Violence extrême et banalité du mal

Basé sur un fait divers sordide, le nouveau film de Nabil Ben Yadir a pour objectif clair de marquer le spectateur au fer rouge. Tout comme Irréversible avant lui, la violence crue d’Animals semble nous faire oublier tout le reste : les plans sont longs, insupportables, et le réalisateur distille quelques moments de calme avec précision pour mieux nous torturer. Dans un voyeurisme insupportable, le spectateur assiste à cette agression au travers des téléphones des tortionnaires qui filment leurs actes. On résiste difficilement à l’envie de quitter la salle, tout comme on se force à ne pas détester le film ; pour autant, il ne faut pas tomber dans une critique réactionnaire de la représentation de la violence à l’écran.

Malgré son réalisme affiché, le procédé affiche clairement ses limites : les mutilations ou viols ne sont jamais frontaux, et si la nudité n’a pas l’air simulée, la caméra évite les organes génitaux. Dès lors, Animals s’avère bien plus pudique que d’autres films du genre ou bien certaines vidéos que l’on peut trouver sur Internet : on n’est jamais devant un snuff movie dont les acteurs sont consentants, seule la mise en scène rend ces passages insupportables.

De plus, il ne faudrait surtout pas réduire Animals à sa longue scène de torture, qui ne représente qu’un fragment du deuxième acte. Le récit se divise en trois parties. La première montre Brahim dans son environnement familial, illustrant la difficulté d’assumer son homosexualité auprès de ses proches. La deuxième met en scène la longue descente aux enfers du personnage, tandis que la troisième marque un retour au calme et suit l’un des agresseurs. Le film semble alors commencer à psychologiser le personnage, on le voit dialoguer avec sa sœur hostile et son beau-père violent, mais cette piste est très vite brouillée au profit de plans contemplatifs qui nous dressent le portrait d’un jeune homme civilisé et distingué. Au mariage de son père, il aide au service, discute naturellement avec les convives, est adroit avec une jeune femme qu’il drague ; seuls ses poings marqués portent la trace de la veille. Sans réelle conclusion, le film s’achève ici, ne donnant aucune explication à son comportement. 

Dès lors, Animals est un film sur la banalité du mal : le tortionnaire n’est pas un psychopathe calculateur qui sait s’adapter en société, mais « juste » un jeune homme violent dont les pulsions se sont déchaînées le temps d’une nuit. La justification peut sembler facile et l’on pourrait accuser le réalisateur de complaisance, mais le parti-pris d’opter pour une violence réaliste tout en s’imposant des limites claires tend à prouver la bonne foi du cinéaste. De plus, il y a un certain courage derrière cet aveu d’incompréhension et d’impuissance face au mal. Animals est un film bourré de talent, intelligent et puissant ; quant à savoir si de telles images sont supportables, c’est à chaque spectateur d’en juger.

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