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Cinéma du réel 2022

Les Lettres de Didier (2022) de Noëlle Pujol

« Est-il vrai qu’on peut s’attacher une jeune femme par l’écriture ? Correspondance longue de 149 lettres, ce film est basé sur les lettres que m’a adressées mon frère Didier. Il explore comment l’écriture, l’expérience d’un langage hybride, fabriquent un film d’amour. »

L’embarras

Chaque année, le festival Cinéma du réel permet de prendre des nouvelles du monde à travers des films hybrides, radicaux et bien souvent politiques. En parallèle, d’autres réalisateurs usent de cette même liberté de ton pour explorer des champs plus intimes. Les Lettres de Didier appartient clairement à cette seconde catégorie : documentaire fictionnalisé autobiographique montrant deux acteurs lire une succession de lettres, chanter ou jouer de la flûte dans des paysages ruraux hongrois, voici une proposition atypique que l’on aurait difficilement vue ailleurs.

Pour autant, même en étant friand d’expériences nouvelles, la question de la pertinence du dispositif doit rester centrale. Ici, le premier hic vient du casting. Les fameuses lettres de Didier sont donc déclamées par deux comédiens professionnels, Axel Bogousslavsky et Nathalie Richard. Si le ton autistique du premier est parfois convaincant, on se demande pourquoi ne pas avoir pris une véritable personne qui aurait imprégné le texte de sa diction. L’actrice est quant à elle dirigée de façon assez affligeante, et l’on a du mal à comprendre l’utilité d’avoir deux personnages puisque seules les lettres de Didier sont mises en parole. Ce surjeu constant hante le film : les mots sonnent faux, les silences sont d’une longueur artificielle, on en oublie bien souvent le texte.

Tout comme le jeu d’acteur, la mise en scène est d’une théâtralité revendiquée mais pédante, voire d’un amateurisme répulsif. La rupture de ton lors du passage en ville est tellement appuyée qu’elle en devient risible. Ainsi, tous les parti-pris des Lettres de Didier semblent étouffer ce que le film raconte ; tout hurle à la caricature d’un cinéma d’auteur déconnecté du monde (intérieur comme extérieur), incapable de toucher et sacrifiant sa matière initiale sur l’autel de l’expérimentation. Seuls le charme de quelques décors ainsi que la scène finale, revenant au domaine de l’intime, sont à sauver. Il en demeure un film sans doute cathartique pour la réalisatrice, mais franchement embarrassant et ennuyeux pour le spectateur.

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