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Visions du réel 2022

Ardenza (2022) de Daniela de Felice

À travers les traits délicats de l’aquarelle, Daniela de Felice trace le portrait d’une jeune femme habitée par la passion politique et amoureuse. Un film qui transporte dans l’Italie des années 1990, entre la montée au pouvoir de Berlusconi et les derniers échos du XXe siècle.

Les visages du passé

Pour illustrer des souvenirs nébuleux, le cinéma est toujours meilleur lorsqu’il se détourne des représentations frontales ; on pense notamment à Rithy Panh, dont une bonne partie de la filmographie s’acharne à trouver des façons innovantes d’immortaliser le passé. Dans un geste similaire, Daniela de Felice utilise le dessin à l’aquarelle et les films d’archive pour aborder une double ébullition de sa jeunesse passée : sexuelle d’une part, politique de l’autre.

Sur le papier, Ardenza n’a rien de plus que les autres films romantico-politiques gauchistes, mais il se démarque par la justesse de son dispositif. Les dessins à l’aquarelle, qui peuvent exaspérer dans un premier temps tant ils font bobos, prennent tout leur sens lorsque la narratrice dévoile son absence de sentiment romantique lors de son initiation sexuelle, le trait aléatoire et les visages blasés illustrant ces souvenirs contrastés à la perfection. Les images d’archive sont quant à elles voilées par d’étranges textures qui, mélangées au grain de la pellicule, rendent certains visages illisibles comme s’ils avaient été oubliés. Le film est généreux formellement car le dispositif varie régulièrement ; la voix off se voit par exemple remplacée par une simple respiration sur une succession de dessin représentant une relation charnelle, non-dit au potentiel érotique infini.

Malheureusement, si le récit de l’initiation sexuelle est assez convaincant, celui de l’engagement politique ne dépasse jamais le stade du discours nostalgique gauchiste un peu cliché, malgré le très beau passage sur la jeune Christina. De plus, le dispositif est si délicat que le film peine à monter en puissance car il reste toujours sur le même ton. La scène d’introduction laissait pourtant supposer une certaine noirceur, mais la mort de la narratrice est malheureusement absente de la suite du récit. Malgré tout, il y a une certaine beauté derrière cette douceur amère qui n’est pas sans rappeler Chantal Akerman ; Ardenza ne manque pas de charme ou d’intelligence, mais juste un peu d’intensité.

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