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Visions du réel 2022

Silent Love (2022) de Marek Kozakiewicz

Au décès de sa mère, Aga renonce à vivre en Allemagne avec sa compagne Maja pour s’occuper de son jeune frère en Pologne. Afin d’y parvenir, elle doit cacher à l’administration son amour pour une autre femme. Au plus près de ses protagonistes, Silent Love narre avec délicatesse leur lutte discrète face à une société inquisitrice et viscéralement homophobe.

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Le trio mis en lumière par Silent Love va doublement à l’encontre du schéma familial traditionnel : les parents étant décédés, Aga s’occupe de son petit frère Milosz, et est en couple avec une autre femme, Maja. Pourtant, le film n’exacerbe pas cette différence, bien au contraire. Aga prend tellement son rôle d’éducatrice au sérieux qu’on en oublierait presque qu’elle est la sœur de Milosz, et sa relation avec Maja n’a rien à envier au comportement d’un vieux couple hétérosexuel râleur derrière lequel se cache une profonde tendresse.

Le jeune Milosz, en pleine construction intellectuelle, doit à la fois s’adapter à ce nouveau modèle familial et faire le deuil de sa mère. Le film aborde la mort avec une grande pureté, de manière frontale et dédramatisée, à l’image de ce plan très poétique où Aga et Milosz brûlent des affaires de la défunte. Si cette perte est présente en toile de fond, Silent Love est avant tout un film sur la banalité de la vie de famille : ses tensions, ses maladresses, ses moments de joie. La caméra n’a que faire des symboles, elle est presque entièrement tournée vers les personnages et évite les gestes trop brusques au profit de lents mouvements. La relation complice qu’entretient Maja avec Milosz est très touchante : à l’image d’une tante, elle garde l’autorité et la sagesse d’une adulte tout en étant moins autoritaire et moralisatrice qu’Aga, le jeune garçon s’y confie plus facilement.

En parallèle de la vie de famille, le film est traversé par une scène au ton très différent : on y voit Aga face à une assistante sociale qui doit juger de sa capacité à adopter son frère. On peine à reconnaître la jeune femme tant elle est habillée et maquillée pour faire bonne figure, la caméra est aussi nerveuse qu’elle, ses yeux sont emplis de larmes, la conversation a le ton et le rythme d’un interrogatoire. Toujours en hors-champ comme pour la désincarner, l’administration ne fait rien pour mettre à l’aise Aga, qui décide de cacher sa relation avec Maja. Ce mensonge laisse imaginer l’homophobie de la société polonaise, confirmée par les cours de sport de Milosz pendant lesquels les enfants répètent le spectacle de fin d’année. Le montage son compile alors les différentes remarques sexistes, hétéronormées ou tout simplement blessantes que le professeur a adressées à ses élèves, les rendant particulièrement oppressantes.

Malheureusement, le film peine à nous faire comprendre à quel point ce rejet est pesant et surtout systémique : on voit certes des manifestants homophobes à la télévision mais pas de politiciens, Aga cache son homosexualité devant l’administration mais on ignore ce qu’en dit la loi. Silent Love est néanmoins un film touchant et sincère d’une pureté à couper le souffle, une ode à la famille et à l’amour quels qu’ils soient.

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