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Visions du réel 2022

A House Made of Splinters (2022) de Simon Lereng Wilmont

La guerre fait rage dans l’Est de l’Ukraine et le foyer pour enfants de Lyssytchansk accueille un flot constant de nouveaux pensionnaires. Les travailleuses de ce centre, armées d’un dévouement sans limite, tentent pour quelques mois de panser le cœur de ces enfants issus de familles brisées par le conflit et de nourrir chez eux quelques éclats d’espoir.

Un petit coin de paradis 

D’un bout du monde à l’autre, les enfants sont, dans leur essence, tous les mêmes : ils bavardent sans cesse, jouent, se chamaillent, passent d’une émotion à l’autre en une fraction de seconde et tentent de retenir leurs larmes pour ne pas montrer leur faiblesse. Le seul long-métrage ukrainien de cette année à Visions du réel, A House Made of Splinters, est truffé de magnifiques moments de vérité qui ne cessent de nous le rappeler. Les enfants du foyer de Lyssytchansk ont cependant des parcours difficiles que leurs jeux laissent transparaître, en témoigne cette scène où l’un d’entre eux prédit que l’une de ses camarades finira alcoolique et S.D.F. Cette séquence montre non seulement la méchanceté sans filtre dont on peut faire preuve à cet âge, mais elle est d’autant plus tragique dans une optique de reproduction sociale où les enfants reproduisent leurs schémas parentaux ; il est d’ailleurs fait mention d’une femme ayant grandi au foyer qui revient aujourd’hui rendre visite à sa fille. La boucle est bouclée.

La caméra de Simon Lereng Wilmont est parfois un peu voyeuriste, sans doute par maladresse : deux plans sont filmés à travers une porte entrouverte tandis que d’autres sont un peu trop proches des personnages, volant leurs émotions au lieu de les capter. Le reste du temps, A House Made of Splinters fait preuve de respect envers ses personnages, voire même de bienveillance. L’un des enfants s’est par exemple scarifié le bras, mais ce n’est l’objet d’aucun gros plan et ce n’est abordé explicitement que lorsque sa mère lui en parle. Pourtant, il y a fort à parier que cette mutilation a fait l’objet d’une discussion avec les travailleurs sociaux, mais on n’en saura rien. De manière générale, le réalisateur fait preuve d’une retenue constante et laisse une grande place au hors champ. Kolia, le jeune garçon qui s’est scarifié, s’entendait très bien avec l’un des aînés du foyer qui avait une oreille percée. Lorsque ce dernier part à l’orphelinat, le jeune garçon se perce une oreille à son tour, sans doute en son hommage. Cet détail est d’autant plus touchant qu’il ne fait l’objet d’aucune scène : quand le réalisateur ne filme pas, le foyer reste en mouvement. 

Même s’il est constamment sur la retenue, on pleure à chaudes larmes devant A House Made of Splinters. Tout transpire la tendresse perdue de l’enfance : la lumière tamisée, les couleurs chaudes, la lucarne dans la nuit noire, le foyer est un petit coin de paradis qui renferme une profonde tristesse. Les enfants viennent avec leurs problèmes, se font aider par les travailleurs sociaux, de véritables moments de vie se créent, puis ils partent vers une famille d’accueil ou à l’orphelinat en espérant que leurs démons ne les rattrapent pas. En plus de sa dimension politique évidente et de sa résonance avec l’actualité, A House Made of Splinters est un film à voir pour se replonger en enfance, ressentir des émotions que l’on pensait enterrées et se souvenir de ce paradis perdu à jamais.

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