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Suis-moi je te fuis / Fuis-moi je te suis (2022) de Kōji Fukada

Entre ses deux collègues de bureau, le cœur de Tsuji balance. Jusqu’à cette nuit où il rencontre Ukiyo, à qui il sauve la vie sur un passage à niveau. Malgré les mises en garde de son entourage, il est irrémédiablement attiré par la jeune femme… qui n’a de cesse de disparaître.

Suis-moi je t’annule

Le nouveau film de Kōji Fukada marque la rencontre de deux archétypes bien opposés : Tsuji est un employé banal vivant ses relations amoureuses sans véritable passion tandis qu’Ukiyo est une femme-enfant au désir changeant, incapable de subvenir seule à ses besoins. Au fur et à mesure qu’il lui vient en aide, Tsuji développe peu à peu une obsession pour Ukiyo qui, entre mari castrateur et lien douteux avec la mafia locale, semble être dans tous les mauvais coups. Pour couronner le tout, la jeune femme passe son temps à disparaître sans donner de nouvelles, mentir ou cacher des pans entiers de son passé, la rendant particulièrement opaque. Serait-ce une manipulatrice ? 

Suis-moi je te suis abandonne cependant vite la carte du suspense au profit d’une romance entre ses deux personnages principaux. Même si l’on peine à cerner Tsuji, les aventures dans lesquelles Ukiyo l’entraîne semblent le sortir de sa vie bien rangée et de ses relations peu motivantes. Le récit est tellement arrangeant envers ses personnages qu’il aurait pu constituer le quatrième Conte du hasard du dernier Hamaguchi. Tout comme son compatriote, la mise en scène de Kōji Fukada est entièrement au service de ses acteurs et des dialogues, complètement épurée voire anti-spectaculaire, en témoigne cette scène de rencontre avec les yakuzas dans une pièce presque vide aux murs blancs. La photographie, assez fade de jour, trouve tout son intérêt lors des scènes nocturnes dont le romantisme teinté de violence n’est pas sans rappeler les jeunes années d’Ōshima. Le mélange entre cette pureté formelle et le fond tragique du récit fonctionne à la perfection grâce au jeu d’acteur précis et à un sens de l’humour typiquement japonais qui vient apporter une touche de légèreté au film. Les personnages secondaires ont en effet des comportements parfois absurdes et outranciers qui les rendent profondément attachants, à l’image de ce « créancier » qui vient en aide au héros sous prétexte qu’il aime voir les couples d’imbéciles sombrer. 

La conclusion de Suis-moi je te fuis pose un constat cruel : alors qu’Ukiyo lui semblait acquise, la jeune femme décide finalement de laisser tomber Tsuji, laissant supposer qu’il est impossible de renouer avec les passions ardentes de la jeunesse sans les dénaturer. L’introduction de Fuis-moi je te suis prend cependant à contre pied cette première fin pour la remplacer par une seconde bien plus optimiste. C’était sans compter sur l’introduction profondément artificielle du personnage de Daisuke, un amour de jeunesse d’Ukiyo, qui ne sert qu’à relancer une intrigue pourtant déjà terminée deux fois dans un récit déjà basé sur les répétitions. Dès lors, malgré quelques fulgurances ici et là, un développement intéressant du personnage d’Ukiyo et un bel apaisement conclusif, on traîne des pieds en attendant l’inévitable troisième fin cousue de fil blanc à cause d’une construction en miroir grossière. C’est sans doute l’aspect le plus cruel de ce dyptique : seul, Suis-moi je te fuis aurait pu être une belle romance mélancolique à la conclusion brusque et marquante pour le spectateur, mais Fuis-moi je te suis ramène le film à son statut originel de série en l’étirant inutilement. On conseillera donc au spectateur d’aller voir la première partie les yeux fermés et d’imaginer la suite lui-même.

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