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Les Crimes du futur (2022) de David Cronenberg

Dans un univers post-apocalyptique, les humains produisent de nouveaux organes dont l’utilité est inconnue. Tandis que les pouvoirs publics œuvrent à réprimer ces mutations, Caprice et Saul Tenser, un couple d’artistes performeurs, exhibent ces corps énigmatiques lors de performances interlopes.

Apocalypse du corps

Cronenberg persiste dans ses fantasmes. Les Crimes du futur sont une pierre de plus à l’édifice du géant. Le film articule une transe onirique où la puissance illusionniste extrapole le réel plus qu’il ne le déforme. Dans ce nouveau long-métrage, l’auteur se concentre sur les défigurations et les mutations de l’identité à l’ère du post-humanisme. La technique et la chair, l’artifice et le désir s’interpénètrent comme s’il s’agissait de la concrétisation d’une pulsion ancestrale offerte par la continuation de la révolution industrielle.

Le réalisateur semble se plaire et se complaire dans ces atmosphères organiques, frémissantes et violentes. Ce nouveau récit post-apocalyptique prend la forme d’un jeu de chassé-croisé autour du désir, d’anatomies étranges et d’une forme de morbidité attractive. Il s’agit de la métamorphose d’une humanité dépassée dont le corps semble en fuite. L’homme de Vitruve, rationnel et parfait, à l’image de Dieu, est mis à mal, comme dénaturé de l’intérieur sous l’impulsion d’un mouvement étrange.

David Cronenberg illustre, dans le paysage du cinéma contemporain, cette tension brûlante entre le connu et l’inconnu, cette traversée historique vers le mystère d’un corps nouveau. Caprice dévoile les organes mutants de son amant dans ses performances qui sont des opérations chirurgicales clandestines : cela pourrait se résumer à une transition de l’aléthéia, concept grec désignant « la vérité » fondé sur le a privatif indiquant le retrait de l’obscurité, s’orientant précisément vers cette part d’ombre, ce qui demeure caché, le léthé.

Il faut également souligner une saisissante satire du monde de l’art contemporain devenu pur spectacle. Le public contemple une moquerie de l’éternel ressassement du mode de création iconoclaste, révolutionnaire et questionnant des mouvements d’avant-garde du début du XXe siècle. Ce principe usé de mise à mal des définitions, par des signes désormais convenus, y est dénoncé comme une recette à succès frôlant l’absurde et le ridicule. Néanmoins, cette critique demeure ambiguë comme on peut le constater dans les œuvres du duo central dont le charme érotique monstrueux, induit par l’intermédiaire de la machine, est bien réel.

Enfin, cette fable à l’odeur de suie immerge dans une étrange beauté en perte d’identité. Entre la pénombre d’un devenir corporel en déshérence et le lustre inquiétant de la technoscience postmoderne, le spectateur est assuré de frissons. On peut ainsi affirmer que Les Crimes du futur sont l’objet d’une « Apocalypse de la vérité » (Jean Vioulac) et de la chair.

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