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Zeria (2022) de Harry Cleven

Resté seul sur la terre alors que tous les humains ont fui vers une autre planète, un vieillard s’adresse à son petit-fils, Zeria. Séparé de son grand-père par la couche atmosphérique, le héros éponyme écoute et contemple le récit de ses origines et l’histoire de sa famille.

L’imperceptible sensible

Au fil d’un scénario tumultueux, le spectateur traverse les événements d’une vie humaine avec la distance d’une génération extraterrestre. Une inquiétante étrangeté imprègne ce film, qui vacille entre science-fiction et frénésie psychotique freudienne.

Une voix masculine sépulcrale nous accueille dans ce récit d’un passé trop humain. Un vieil homme raconte sa vie et tous les chemins de traverse qui en ont peu à peu formé le personnage qu’il est devenu. Nous sommes ainsi invités à nous perdre dans un amalgame de sillons psychologiques brumeux.

Cette histoire, comme désarticulée, est transmise au moyen de marionnettes et de décors miniatures artisanaux. Le spectateur se trouve hanté par des figures anthropomorphes cotonneuses aux expressions saisissantes qui sont le fruit d’une technique hors du commun. Harry Cleven réalise de la sorte un morceau de bravoure en inaugurant ce long-métrage d’un budget de 24 000 euros obtenus dans le cadre d’un programme de recherche et d’expérimentation cinématographiques.

Dans une atmosphère noirâtre, délavée et humide, le spectateur suit un récit aux confins de l’écriture automatique. Les scènes d’une vie contemplative, presque subie, défilent au rythme de musiques alanguies à la facture délicate. Tout semble s’enchaîner dans un ordre que le narrateur ne comprend pas lui-même.

C’est cette sensation d’inconnu, éprouvée face à soi et à son histoire, qui met en tension Zeria, son ancêtre et le spectateur. Harry Cleven fait ainsi le choix d’une peinture méditative du temps qui passe en marquant les corps, les esprits et les cœurs. Tout advient comme si le passage d’une vie humaine sur terre frôlait le rêve par son insignifiance.

C’est enfin par l’amour que le narrateur parvient à retrouver du sens. L’amour filial de sa mère, puis l’amour passionnel de Juliette et de Madeleine. Cet amour doit absolument atteindre Zeria, son petit-fils, avec toute l’histoire de ses origines, pour conserver le lien entre les hommes, pour garder un souvenir au-delà des insurmontables barrières du temps et de l’espace. 

Zeria est une invitation à la modestie et au recueillement autant qu’un éloge de l’éveil sensible face à l’infiniment petit. Dans ce monde minuscule où notre infinie précarité apparaît au grand jour, il reste la consolation des choses du quotidien qui nous soignent et nous animent : il nous reste l’amour, la douceur de jouir des saisons et notre mémoire.

Vu à l’Etrange Festival 2022.

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