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Mating (2022) de Lina Mannheimer

Pendant un an, Naomi et Edvin, nés dans les années 90, se sont filmés. À distance, la réalisatrice accède à leurs appels vidéos et à leurs réseaux sociaux. En résulte un portrait intime, cru et brut de cette relation chaotique.

Amour et solitude à l’ère du numérique 

Un homme et une femme se rencontrent. Elle est amoureuse, lui non. Ils se séparent et deviennent amis. L’homme regrette, la femme passe à autre chose.

De cette histoire universelle et déclinable à l’infini, Lina Mannheimer capte un aspect profondément générationnel : puisqu’il s’agit d’une relation à distance, Naomi et Edvin communiquent par Skype en attendant de se retrouver le temps d’un week-end. Le spectateur partage donc leur intimité sans passer par le filtre de la réalisatrice, observe le duo par leurs webcams interposées et découvre les petits vlogs qu’ils filment lorsqu’ils se voient I.R.L. Cet ancrage dans une époque se retrouve également dans la forme même du documentaire, qui prend plaisir à animer les discussions par messages pour les transformer en de petites pastilles humoristiques accrocheuses et dynamiques, à l’image de ce qu’on peut trouver sur Youtube.

Mating joue avant tout la carte de la sincérité : les protagonistes se confient sans tabou et prennent plaisir à se mettre en scène, conscients de construire à la fois une relation et un projet autour de cette relation. Le film est d’une énorme richesse, brassant une multiplicité de thèmes intégrés à leur quotidien : il est évidemment question de deuil amoureux et d’amitié homme-femme, mais il y a également un sous-texte amer sur les applications de rencontre, qui poussent les individus à se conformer à des stéréotypes réducteurs. Mais c’est avant tout la cruauté qui définit cette histoire : cruauté d’une époque où se confondent réel et virtuel, cruauté d’un amour non-réciproque, accentuée par la désinvolture de Naomi et l’acharnement d’Edvin. 

À cela s’ajoute la position ambiguë de la réalisatrice, que l’on pourrait soupçonner de sadisme ; dans quelle mesure pousse-t-elle ses personnages à se rabibocher ? Car derrière cette amitié fusionnelle où règne la délicieuse confusion entre affection et amour se cache une profonde solitude, exacerbée par le départ d’Edvin pour Singapour. Là est la force de Mating, miroir intime et générationnel profondément douloureux pour celles et ceux qui ont déjà aimé.

Mating de Lina Mannheimer / Avec Naomi Carter et Edvin Kempe / Disponible en V.O.D. sur Vimeo.

3 réponses sur « Mating (2022) de Lina Mannheimer »

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